La vie est une compil. Chaque jour est une playlist. L'amour est un remix...
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lundi 23 avril 2012

Semaine Tendancieuse du 10 au 22 avril 2012

Les plus observateurs d'entre vous auront remarqué que cette semaine tendancieuse contient plus de sept jours... La flemme des vacances de Pâques sans doute... Pourtant, votre humble serviteur n'a pas chômé.
Pas mal d'albums à se mettre entre les oreilles. Une paire de concerts et les bouchées doubles en prévision des futures aventures de Randy Washmatic.

Ces jours, sort un des albums majeurs de l'année 2012. Sans doute de bien des années à venir tant il est inclassable et intemporel. Patrick Watson révèle son très attendu quatrième effort et renvoi, dos à dos, Andrew Bird et Sufjan Stevens à leurs gammes. "Adventures in your own Backyard" est bien le chef-d'oeuvre imposant et délicat pressenti. Nocturne et radieux, le disque du canadien est un ravissement permanent; une immersion captivante. Un album  qui, à l'époque de la musique fast-food, a tout de même ses exigeances : il doit s'écouter dans son entiereté pour révéler sa force tranquille et sa splendeur magistrale. Pas question de le tronçonner sans vergogne. Les amateurs de Brian Wilson, Sparklehorse ou  Jeff Buckley devraient s'y sentir bien.

Après Gnarls Barkley, The Black Keys ou Gorillaz, l'omnipotent Dangermouse a jeté son dévolu sur un duo de Los Angeles : "Electric Guest". Auteurs d'un single accrocheur (où on reconnait immédiatement la patte du producteur) intitulé "This head I hold" (suivi d'un e.p. prometteur contenant un petit chef d'oeuvre pop de 8 minutes "Troubleman"); les anges passent au format grand. On craint le pire à l'écoute du titre d'ouverture (un "Hole" incompréhensible qu'on croirait sorti tout droit d'un mauvais album de Hot Chip). Mais dès le second morceau, c'est la mise en orbite. Une pop qui plane très haut. Ce mélange de rythmiques vintage chers à Dangermouse au service d'arrangements audacieux et souvent inattendus. Une bonne surprise.

On évoquait les Black Keys...Alabama Shakes devrait séduire une bonne partie de leur électorat. Blues popifié, rock groovy, soul catchy...Garbage a décidément très mal choisi son timing pour revenir...








Et puisqu'on parle de soul, comment ne pas tomber en pâmoison devant le nouvel opus de Quantic qui, cette fois, s'est adjoint les services de l’impressionnante vocaliste Alice Russel. On sort immanquablement troublé par  les accointances vocales de cette dernière avec Dusty Springfield.






Déception is a nine letter word... c'est ainsi qu'on rebaptisera, non sans peine, le nouvel album de Jason Mraz. Son prédécesseur laissait entrevoir la possibilité d'une idylle... C'était plié d'avance : le prochain album  allait être le "Thriller" blanc qui mettrait le monde à genoux et réhabiliterait la paix sur terre (après tout de Jason à Jackson, il ne fallait pas grand chose...) Et patatras... à l'exception d'un merveilleux "Be Honest" relegué en fin d'album, on déplore l'absence de l'alchimie qui avait tellement bien fonctionné sur "We Sing.We Dance..." Signe des temps : les charts sont loin d'acceuillir ce disque à bras ouverts...Dommage.

Souvent, la perle rare est à portée de main et on ne la voit pas. Venue de Flandres; Sarah Ferri reprend le flambeau encore tiède laissé par Dany Klein tout en élargissant le spectre d'un genre de moins en moins codifié : le jazz vocal. Les fans de Melody Gardot, d'Hindi Zara et peut-être même ceux d'Antony & the Johnsons devraient se retrouver dans cet univers barilolé et riche. La voix de Sarah Ferri est merveilleuse et se joue des régistres avec une aisance inouie. Frais comme le Printemps.








"je suis la maman d'un mouvement construit sur des falaises de biscuits"...a déclaré Sébastien Tellier au magazine Les Inrocks, à l'occasion de la sortie de son nouvel album concept : "My God is Blue"... Il nous fait toujours autant rigoler l'ami Sébastien avec ses "histoires de coiffeurs" et de "pepitos bleu"... Shaman barré... Sorte de Démis Roussos sous acide, Sebastien Tellier signe un album à sa démesure. Un disque qu'on aurait pourtant tort de railler car il mérite qu'on s'y abandonne... A mille lieues de la délicatesse d'orfèvre de Patrick Watson, on se laisse tout de même emporter par la maestria louffoque du compositeur sur plus d'un titre (de l'ultra efficace "Cochon Ville" à l'imposant "Against the LAw") "My God is Blue" tient bien son rang et est souvent digne du meilleur DAft Punk. 


 Côté concerts : les sympathique Pony Pony Run Run étaient de passage au Bota la semaine dernière. Malgré la bonne humeur communicative du très charismatique chanteur Gaétan Réchin; on déplore tout de même un concert sans grand relief et sans surprise...


Et, ce Dimanche, au centre culturel "Les Chiroux" de Liège, Benjamin Schoos donnait la première représentation scénique de son album "China Man vs China Girl". J'ai déjà dit tout le bien que je pensais de ce disque...mais je sais à quel point il est périlleux de mettre en scène un album concept. Difficile en effet d'entrainer le public à la fois dans un concert et dans un récit... Je me souviendrai toujours des gens assis derrière moi aux Bozar ; lors de la représentation du "Condamné à Mort" par Etienne Daho et Jeanne Moreau, l'an dernier... Le type n'avait pas compris qu'il n'assistait pas à un concert du répertoire de Daho... Dès le quatrième titre, il commença à faire des réflexions plutôt cocasses du genre : "pff qu'est-ce qu'il est devenu vulgaire...et la vieille là, c'est quand qu'elle se barre..." Véridique et consternant... L'allusion à ce spectacle de Daho n'est pas innocente. Il possède une point commun indéniable avec celui de "China man vs China girl" : la sobriété. En optant pour une mise en scène dépouillée, Benjamin - entouré de deux claviéristes et d'un bouquet de roses - donne vie à son personnage de catcheur fragile, métaphore de la vulnérabilité de l'homme face à la femme. L'incarnation est parfois hésitante mais privilégie l'émotion . La voix de Benjamin est plus touchante, moins intimidante sur scène que sur disque. Là où d'autres auraient tendance à surjouer le personnage; l'homme fait dans la  retenue. Passée la tension palpable des 2 titres d'ouverture, l'atmosphère se décontracte suite à une contrepèterie inopinée qui fend d'un sourire le masque du principal intéressé. C'est évidemment involontaire, mais ça fait tout de même son petit effet. Il faut dire qu'avec les olibrius qui assuraient la première partie du spectacle, le public était mis en condition. Le groupe "9 mars" repousse toute les limites du songwriting electro-minimaliste. Ce duo là, c'est un peu les Pet Shop Boys victimes d'un AVC et chantant en français... Mais revenons à Benjamin. Musicalement parlant, les morceaux lents de l'album sont magnifiquement restitués (mention spéciale au claviériste Chris Cerri qui enrichi notablement les atmosphères d'une palette jazz de très bon aloi). Les morceaux plus enlevés souffrent d'une légère rigidité que viendrait peut-être casser l'une ou l'autre guitare (j'aurais bien aimé que Marc Morgan qui était dans la salle, bondisse sur scène sur "Je ne vois que vous"...Mademoiselle Nineteen aussi d'ailleurs...).  Si tous ces  choix semblent bel et bien assumés; le show aurait tout à gagner en développant un visuel fort. L'imagerie et les codes du catch ainsi que les références cinématographiques évoquées tout au long de l'album pourraient constituer les éléments d'une scénographie complémentaire...  
Le concert se termine de manière émouvante, sur un titre écrit par le regretté Marc Moulin. Une ode aux lumières qui s'éteignent...et au regret qu'elles suscitent... Pour sûr, il n'y avait pas de plus belle façon de terminer un concert.
Je n'ai pas regretté d'avoir fait le déplacement. J'ai pu rencontrer Benjamin après son concert. Un chic type. Il a même accepté de me dédicacer son disque...et, plus encore, il est désormais un des rares détenteurs de la démo de Randy Washmatic...pourvu qu'il ne l'oublie pas dans une poche de son costume de scène avant de le porter au pressing...ce serait tout de même une comble ;)
 Ne le manquez pas lors de son passage à Bruxelles, le 22 juin prochain.


lundi 19 mars 2012

Semaine Tendancieuse [12.03.2012 /18.03.2012]

Ceux qui, comme moi, ont découvert la pop au beau milieu des années 80 se souviendront immanquablement du label fondé par le producteur baroque Trevor Horn et le journaliste Paul Morley : Zang Tumb Tuum (Zed Tea Tea pour les intimes ;)
A une époque où les garçons coiffeurs représentaient un danger de plus en plus menaçant pour le bon goût en matière de pop musique; une escouade de groupes véritablement sortis d'un autre monde allait redonner audace et flamboyance au genre. Emmené par les extravagants et pompiers  Frankie Goes To Hollywood (réponse post-moderne à Queen); les teutons électroniciens de Propaganda (écho à Kraftwerk) où les très "Anonymous avant l'heure" : Art of Noise (groupe de Trevor Horn et Morley themselves et passionnant laboratoire de toutes leurs expérimentations) ZTT records écrivait l'histoire de la pop en ébullition et se fendait même d'une invention révolutionnaire : le remix. Un genre qui, en soit, allait redonner au marché du disque ses heures de gloire (peu avant la commercialisation du CD). ZTT a fait de la pop une véritable quête du Graal. Quel fan n'a pas frémi à la vue d'une de ces pochettes grisâtres savamment et parcimonieusement disposée dans les bacs des disquaires ? "Who!chance?blink!?"... La chance de découvrir une énième déclinaison d'un titre... ou pas... Et toujours avec cette même fébrilité. Grâce à cette science du marketing chère à Morley et à la maîtrise des techniques de studio les plus pointues pour l'époque (Horn, inventeur du Synclavier et pionier du Fairlight); une même chansons pouvait vous emmener dans des territoires différents. Ce ne sont pas les Pet Shop Boys qui, à l'occasion de la sortie de leur nouvelle compilation de faces B, justement intitulée "Format"  diront le contraire : ZTT a changé le comportement des fans et des firmes de disque.
Pour rendre hommage à cette période faste et séminale; le label a fait paraître l'an dernier "The Art of 12", volume 1". Cette semaine sort enfin en format physique "The Art of 12",Volume Two". Remarquablement commentée par Ian Peel; la présente édition fait, une fois encore la part belle au catalogue 80's et s'étend même au delà des productions du label (on y découvre Paul McCartney remixé par Art of Noise mais aussi O.M.D., Scritti Politti...) Alors, bien sûr, tout n'est pas indispensable... On frôle parfois l'indigestion... mais on est indéniablement en présence d'un document historique. Et bien sûr, je ne me lasse pas de le répéter : inutile de télécharger la version I Tunes... le format MP3 convient très mal à la haute-fidelité conçue par Trevor Horn. 

D'un label à l'autre, on retrouve les danois de WHOMADEWHO qui ont récemment signé sur l'exigent Kompakt. Ici, on fait plutôt dans l'épure en pratiquant une electro-disco efficace et imparable. "Brighter", le bien nommé, est effectivement plus lumineux que ses prédécesseurs et on lui promet un bel avenir sur les dancefloors.








Bonheur et déception... à l'écoute du nouvel opus du virtuose Andrew Bird. Annonçé par le très Smithsien (et donc excellent) single "Eyeoneye"; l'album déçoit sur la longueur. Trop souvent traversé de chinoiseries et autres exercices de style au violon (de ballades irlandaises un peu trop cartes-postales en fioritures trop souvent appuyées...) On se rabattra plus volontier sur le prochain Patrick Watson.







 Coup de focus sur 3 singles "en français dans le texte". Celui de la très acidulée Mademoiselle Nineteen (produite par un Benjamin Schoos en très grande forme) et qui révèle toute l'importance de Jacques Duvall.








 Sebastien Tellier revient avec un "Cochon Ville" qui atteste, pour ceux qui en doutaient encore de la folie contagieuse du bonhomme.








Sous le regard bienveillant du magicien Christophe, Loane signe le plus beau single d'electro-pop en français depuis "Amoureux Solitaire"...








Et pour terminer cette semaine francophile, un petit clin d’œil à Samir Barris qui était au Cabaret aux Chansons vendredi dernier pour un spectacle en deux temps. La première partie était consacrée à de nouvelles chansons que le jeune barde souhaitait tester en public et qui confirment que derrière ses faux airs gentillets, la poèsie de l'ex melon Gallia est toujours aussi venimeuse. En deuxième partie de soirée, Samir accompagné des excellents Nicholas Yates (contrebasse)  & Margaret Hermant (violon/harpe) présentait ses adaptations de poèmes classiques (Verlaine,Vian, Baudelaire...) et faisait preuve d'une bien belle audace. Ce gars là mérite vraiment d'aller plus haut...